Accueillir l’émotion ou maintenir la limite : comment réagir avec un enfant HPI ?

Votre enfant est en colère parce que vous lui demandez d’éteindre son jeu vidéo. Il râle, négocie, monte le ton et, parfois, finit par exploser complètement.

Et vous, au milieu de tout ça, vous essayez de vous rappeler ce que vous avez lu sur les émotions des enfants. Il est peut-être submergé. Il faut reconnaître ce qu’il ressent. Ne pas nier son émotion. Éviter le rapport de force.

Oui.

Mais il faut quand même éteindre cette fichue console.

C’est souvent à cet endroit que les parents que j’accompagne ne savent plus très bien quoi faire. Ils ont compris qu’une émotion ne se contrôle pas sur commande et que certains enfants HPI peuvent vivre très intensément la frustration. Et même quand on a beaucoup lu sur le HPI, il peut rester difficile de savoir quoi faire avec son enfant dans une situation précise.. Mais ils ont aussi une réalité familiale avec des horaires, des repas, des couchers, des écrans à éteindre et, accessoirement, des parents qui arrivent eux aussi au bout de leur journée.

Alors faut-il accueillir l’émotion ou maintenir la limite ?

De mon point de vue, la question est mal posée, parce que vous n’avez pas à choisir entre les deux.

D’ailleurs, je préfère parler de reconnaître l’émotion plutôt que de l’accueillir. Votre enfant peut être réellement en colère, déçu ou frustré par votre décision. Ce qu’il ressent existe et mérite d’être reconnu. Mais son émotion, même lorsqu’elle est très intense, n’est pas à elle seule une raison suffisante pour faire bouger ce que vous avez décidé.

Cela ne veut pas dire qu’il faut devenir rigide, poser une règle et s’y accrocher coûte que coûte sous prétexte qu’« une limite est une limite ». Avant de la maintenir, encore faut-il savoir ce que vous voulez vraiment, pourquoi vous le voulez et si cette limite a du sens pour vous.

Et c’est souvent là que les choses deviennent beaucoup plus intéressantes.

Parce qu’entre un enfant qui n’aime pas votre décision, un enfant qui ne sait pas encore exprimer autrement sa frustration, une demande mal ajustée et un parent qui pose une limite à laquelle il ne croit pas vraiment, le comportement peut se ressembler énormément.

Pourtant, votre manière d’intervenir ne sera pas la même.

C’est ce que je vous propose de regarder dans cet article : non pas comment faire pour que votre enfant accepte toutes vos limites avec le sourire, ce qui nous ferait déjà un programme assez ambitieux, mais comment reconnaître ce qu’il vit sans vous effacer de la relation, et comment savoir ce que vous avez réellement besoin de maintenir.

 
 
 

Reconnaître l’émotion de son enfant ne signifie pas faire bouger la limite

Quand votre enfant explose parce que vous lui demandez d’éteindre son jeu vidéo, sa colère est réelle. Il peut être profondément frustré, trouver votre décision injuste et avoir beaucoup de mal à quitter une activité dans laquelle il était plongé.

Reconnaître cette émotion, c’est pouvoir lui dire : « Oui, je vois que ça te met vraiment en colère d’arrêter maintenant » ou « Je comprends que tu aurais aimé continuer ».

Mais reconnaître ce qu’il ressent ne signifie pas forcément ajouter : « Bon, d’accord, encore vingt minutes. »

C’est une confusion que je rencontre souvent chez les parents que j’accompagne. Comme ils savent que leur enfant HPI peut ressentir certaines émotions très intensément, ils finissent parfois par considérer l’intensité de sa réaction comme une information sur la pertinence de leur limite. Plus il réagit fort, plus ils se demandent s’ils ont eu raison de la poser.

Or ce sont deux choses différentes.

Votre enfant peut être très en colère et vous pouvez avoir raison de maintenir votre décision. Il peut être sincèrement frustré et son comportement peut malgré tout nécessiter d’être recadré. Vous pouvez comprendre parfaitement pourquoi il réagit comme ça sans être d’accord avec la manière dont il l’exprime.

C’est important parce qu’une émotion et un comportement ne se traitent pas de la même façon. Je ne vais pas demander à un enfant de ne pas être en colère parce que sa colère me dérange. En revanche, je peux décider que hurler sur sa mère, l’insulter, jeter la manette ou taper dans une porte n’est pas une manière acceptable de l’exprimer.

Et puis il y a la limite elle-même.

Si j’ai décidé que le jeu vidéo s’arrête à 20 heures, la colère de mon enfant ne fait pas automatiquement de 20 h 30 une meilleure décision. Sinon, sans forcément nous en rendre compte, nous risquons d’apprendre à l’enfant que plus son émotion s’exprime fortement, plus la limite devient négociable.

Cela ne veut pas dire non plus que la limite doit devenir une espèce de monument sacré auquel personne n’a plus le droit de toucher. Un parent peut se tromper, changer d’avis, ajuster une règle ou découvrir que sa demande n’était pas adaptée à la situation. Heureusement d’ailleurs, sinon la vie de famille deviendrait assez pénible.

Mais j’aime que ce changement vienne d’une réflexion du parent, et pas simplement de la nécessité de faire cesser l’émotion de l’enfant.

C’est pour cela que, dans ces situations, je distingue toujours trois choses : ce que l’enfant ressent, la manière dont il l’exprime et ce que le parent a décidé. Les trois sont liées, évidemment, mais elles ne doivent pas se confondre.

Et avant même de chercher comment maintenir une limite, il reste une question que les parents oublient souvent de se poser : qu’est-ce que je veux vraiment obtenir ici ?

 

Schéma distinguant l’émotion, le comportement et la limite parentale chez un enfant HPI

Avant de maintenir une limite, encore faut-il savoir ce que vous voulez vraiment

Quand un parent me raconte une situation qui finit systématiquement en crise, j’ai souvent envie de lui poser une question qui paraît toute bête : qu’est-ce que vous voulez obtenir exactement ?

Prenons un exemple très classique. Il est 20 heures, votre enfant joue à un jeu vidéo et vous lui demandez d’arrêter parce qu’il va bientôt être l’heure de se coucher. Il proteste, vous insistez, il s’énerve et, quelques minutes plus tard, vous voilà embarqués dans une crise alors que vous aviez juste demandé d’éteindre un écran.

À ce moment-là, votre objectif était-il que la console soit éteinte à 20 heures ou que votre enfant soit couché à 20 h 30 ?

Ça peut sembler être du chipotage. Après tout, s’il doit aller se coucher, il faut bien qu’il arrête de jouer avant. Sauf que pour l’enfant, ce que nous voyons comme une seule consigne peut représenter toute une succession de transitions : arrêter une activité très plaisante, quitter son jeu, ranger, aller se laver, mettre son pyjama, puis aller au lit.

Nous, on appelle ça « aller se coucher ». Lui peut vivre cinq changements de programme à la suite.

Si votre objectif est d’abord que le jeu s’arrête à 20 heures, il peut être intéressant de ne pas enchaîner immédiatement avec une nouvelle demande. On peut prévoir un sas vers quelque chose que l’enfant aime et que vous êtes, vous aussi, d’accord pour lui proposer à ce moment-là. Ce n’est pas une récompense pour avoir éteint son écran, ni une façon d’éviter à tout prix qu’il ressente de la frustration. C’est simplement une manière de penser la transition plutôt que d’empiler les demandes.

Si votre objectif est qu’il soit couché à 20 h 30, alors je regarderais plutôt l’organisation de la soirée dans son ensemble. À quelle heure commence-t-on à lui demander de changer d’activité ? Combien de transitions doit-il gérer en peu de temps ? Quelles étapes sont réellement nécessaires ? Lesquelles deviennent chaque soir un terrain de négociation ?

Clarifier l’objectif permet aussi de ne pas le déplacer au beau milieu de la crise. Parce que c’est quelque chose qui arrive facilement : au départ, on voulait simplement que l’écran soit éteint. Dix minutes plus tard, on veut qu’il arrête de crier, qu’il monte immédiatement dans sa chambre, qu’il comprenne pourquoi on lui a demandé d’arrêter et, tant qu’on y est, qu’il reconnaisse que son comportement est inacceptable.

Ça commence à faire beaucoup pour une seule soirée.

Définir précisément ce que vous voulez ne signifie donc pas devenir plus rigide. Au contraire, cela permet de distinguer ce qui doit réellement être maintenu de ce qui peut être aménagé.

Et cette distinction est particulièrement importante avec les enfants qui vivent difficilement les transitions ou la frustration. Adapter la façon d’arriver à votre objectif n’est pas forcément renoncer à votre limite. Vous pouvez maintenir l’heure d’arrêt du jeu tout en prévenant votre enfant plusieurs fois du temps qu’il lui reste. Vous pouvez lui permettre d’atteindre un point de sauvegarde. Vous pouvez prévoir ce qui vient juste après pour éviter de passer brutalement d’une activité très stimulante à une succession d’ordres.

La question n’est donc pas seulement : « Comment faire pour qu’il respecte ma limite ? »

Elle devient : « Quelle est réellement ma limite, et de quelle marge de manœuvre disposons-nous autour d’elle ? »

Parce qu’une fois cette question posée, il en arrive souvent une deuxième, un peu moins confortable : cette limite que vous essayez si fort de maintenir, est-ce vraiment la vôtre ?

 
 
 

Une limite est beaucoup plus difficile à tenir quand elle ne vous appartient pas vraiment

Il y a une autre chose que je regarde avec les parents avant de travailler sur la manière de poser une limite : est-ce qu’ils sont réellement d’accord avec cette limite ?

Parce qu’entre ce que vous voulez pour votre enfant et tout ce que vous avez entendu qu’un bon parent était censé faire, il peut parfois y avoir un petit monde.

 

Posez-vous cette limite parce qu’elle est juste pour vous ou parce qu’on vous a dit de la poser ?

Les écrans en sont un bon exemple. Vous avez peut-être lu qu’il fallait limiter leur durée, entendu un professionnel donner un temps précis ou discuté avec d’autres parents qui ont des règles très différentes des vôtres. Petit à petit, vous pouvez finir par poser une limite sans avoir vraiment décidé si elle correspond à votre enfant, à votre famille et à ce que vous trouvez acceptable.

Et puis votre enfant conteste.

À ce moment-là, tenir la limite devient beaucoup plus compliqué parce qu’au fond, vous êtes vous-même en train de vous demander si vous avez raison. Alors vous expliquez. Vous argumentez. Vous réexpliquez pourquoi les écrans ne sont pas bons trop longtemps, pourquoi il faut dormir, pourquoi demain il y a école, pourquoi vous avez décidé ça pour son bien.

Avec certains enfants HPI, vous pouvez y passer un moment. Ils ont généralement deux ou trois arguments en réserve eux aussi.

Le problème n’est évidemment pas d’expliquer une décision à son enfant. Je trouve même important qu’il puisse en comprendre le sens. Mais comprendre une limite ne signifie pas forcément être d’accord avec elle, et encore moins avoir envie de s’y conformer avec enthousiasme.

C’est une confusion que je retrouve régulièrement : le parent pense que s’il trouve enfin la bonne explication, son enfant va comprendre et que, puisqu’il aura compris, il va accepter la décision sans protester.

Malheureusement, ça ne marche pas toujours comme ça.

Je peux parfaitement comprendre pourquoi on me demande d’arrêter quelque chose que j’adore et continuer à trouver cette décision franchement pénible. Votre enfant aussi.

 

Votre enfant n’a pas besoin d’être d’accord pour que votre limite soit légitime

C’est pour cela que je préfère revenir avec le parent à quelque chose de beaucoup plus simple : qu’est-ce qui est réellement acceptable pour vous ?

Combien de temps d’écran êtes-vous d’accord pour autoriser ? Quels jours ? À quels moments ? Qu’est-ce qui vous pose véritablement problème ? Et qu’est-ce qui, finalement, ne vous dérange pas tant que ça lorsque vous retirez de l’équation ce que les autres pensent que vous devriez faire ?

Ce travail n’a rien d’anecdotique. Lorsqu’un parent sait pourquoi il pose une limite et qu’elle correspond réellement à ce qu’il considère juste pour sa famille, il n’a plus autant besoin de convaincre son enfant pour se sentir légitime à la maintenir.

Il peut écouter sa contestation, entendre sa frustration et même parfois reconnaître qu’il préférerait lui aussi que ce soit plus simple, sans remettre toute sa décision sur la table à chaque réaction.

C’est aussi ce que j’appelle retrouver de l’alignement dans sa posture de parent. Pas une espèce de certitude absolue qui ferait qu’on ne doute plus jamais de rien, ce serait pratique mais je n’ai pas encore trouvé le bouton. Plutôt la capacité à savoir ce qui est important pour soi dans cette situation, suffisamment pour ne pas avoir besoin que son enfant soit d’accord pour se sentir légitime.

Et parfois, c’est précisément là qu’on découvre que la crise n’est plus seulement une réaction à la limite. Au fil du temps, la manière dont chacun réagit a créé une boucle dans laquelle le parent et l’enfant se retrouvent enfermés tous les deux.

C’est exactement ce qui s’était passé entre Claire et son fils Nolan.

 
 
 

Quand la crise de l’enfant finit par décider à la place du parent

C’est ce qui se passait avec Claire, une maman que j’ai accompagnée, et son fils Nolan. J’ai changé leurs prénoms, mais la situation, elle, est bien réelle et ressemble d’ailleurs à beaucoup de situations que je rencontre autour des jeux vidéo.

Nolan avait tendance à partir en crise dès que sa mère lui demandait d’arrêter de jouer. Claire savait que son fils pouvait être très vite submergé par ses émotions et elle avait fini par interpréter ses réactions comme la preuve qu’il n’était pas capable de gérer l’arrêt du jeu. Elle se demandait même s’il n’était pas devenu addict aux jeux vidéo.

Alors elle expliquait beaucoup. Elle essayait de lui faire comprendre pourquoi il fallait arrêter, pourquoi il avait déjà suffisamment joué, pourquoi cette limite était importante. Et lorsque Nolan explosait malgré toutes ses explications, Claire culpabilisait.

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Schéma montrant comment une crise peut finir par faire bouger une limite parentale chez un enfant HPI

Quand céder devient une manière d’acheter la paix

À force, elle avait trouvé une solution qui fonctionnait plutôt bien à très court terme : elle cédait.

Parfois, elle lui accordait davantage de temps de jeu. D’autres fois, elle lui proposait autre chose que Nolan voulait vraiment beaucoup, alors qu’elle n’était pas tellement d’accord avec cette deuxième option non plus.

En gros, elle achetait la paix.

Je ne dis pas ça pour lui jeter la pierre. Quand vous êtes fatiguée, que votre enfant hurle et que vous savez qu’une seule petite concession peut rendre votre salon à nouveau fréquentable, la tentation se comprend assez facilement.

Le problème, c’est que la paix durait jusqu’à la prochaine limite.

Une boucle s’était progressivement installée entre eux : Claire posait une limite, Nolan protestait fortement, elle expliquait davantage, la crise montait et elle finissait par modifier sa décision. La fois suivante, ils repartaient tous les deux avec l’expérience des fois précédentes.

Quand Claire est venue me voir, sa demande était très claire : « Comment faire pour qu’il accepte d’arrêter les jeux vidéo sans crise ? »

Mais ce n’est pas vraiment par les jeux vidéo que nous avons commencé.

 

Le problème n’était pas seulement l’arrêt du jeu vidéo

Nous avons regardé comment Nolan réagissait à la frustration dans d’autres situations. Est-ce que cette difficulté apparaissait uniquement devant un écran ? Comment exprimait-il sa colère lorsqu’on lui refusait autre chose ? Comment réagissait-il à une décision qu’il n’avait pas choisie ? Et surtout, que faisait Claire dans ces différents moments ?

C’est là que nous avons retrouvé le même fonctionnement.

Claire était persuadée que Nolan avait besoin de comprendre la limite pour pouvoir l’accepter. Elle expliquait donc énormément ses décisions, avec l’espoir assez logique que, s’il comprenait pourquoi elle lui demandait quelque chose, il finirait par l’exécuter sans crise.

Sauf qu’un enfant peut parfaitement comprendre une décision et ne pas avoir la moindre envie de la respecter.

Nolan n’avait pas besoin qu’on lui démontre pendant quinze minutes que quitter son jeu était une excellente idée. Il aurait très probablement continué à préférer jouer, même après une brillante conférence familiale sur les bienfaits de la limitation des écrans.

Nous avons donc commencé par remettre un peu de clarté dans les rôles de chacun.

Il était normal que Nolan n’ait pas envie d’arrêter une activité qu’il aimait. Il était normal aussi qu’il ressente de la frustration lorsque sa mère lui demandait de s’arrêter. En revanche, la manière dont il exprimait cette frustration pouvait, elle, ne pas être acceptable.

Et Claire n’avait pas besoin d’obtenir son accord pour retrouver sa place de parent.

 

Ajuster la situation sans supprimer la frustration

Nous n’avons pas pour autant décidé que Nolan devait désormais éteindre sa console à la seconde où sa mère le demandait, avec le sourire et éventuellement un petit merci maman pour cette formidable occasion de travailler ma tolérance à la frustration.

Nous avons regardé ce dont il avait réellement besoin pour que la transition soit plus adaptée.

Pour Nolan, cela passait notamment par le fait d’être prévenu régulièrement du temps de jeu qu’il lui restait et de pouvoir terminer un niveau ou atteindre un point de sauvegarde. Ce sont des ajustements que Claire pouvait accepter sans avoir le sentiment de renoncer à sa limite.

En parallèle, elle a redéfini le temps d’écran avec lequel elle était réellement d’accord, ainsi que les conséquences qu’elle se sentait capable d’appliquer lorsque la manière dont Nolan exprimait sa frustration dépassait ce qu’elle considérait acceptable.

C’est une différence importante : nous n’avons pas cherché comment organiser toute la famille autour de Nolan pour qu’il ne ressente plus jamais la frustration de devoir arrêter son jeu. Nous avons rendu la transition plus adaptée tout en maintenant l’expérience de la frustration lorsqu’elle était inévitable.

Et c’est précisément à partir de là que l’objectif de Claire a commencé à changer.

Elle ne cherchait plus à tout faire pour que Nolan arrête son jeu sans crise. Elle cherchait à tenir un cadre auquel elle croyait, à prendre en compte ce qui pouvait raisonnablement aider son fils et à ne plus laisser l’intensité de sa réaction décider de la suite.

Les crises n’ont pas disparu du jour au lendemain. Claire elle-même a eu besoin de temps pour tenir ce nouveau positionnement de manière suffisamment régulière. Mais elles ont d’abord commencé à durer moins longtemps et, progressivement, elles ont largement diminué.

Ce changement est important parce qu’il nous amène à une question assez différente de celle avec laquelle Claire était arrivée : et si le but n’était justement pas d’empêcher votre enfant de vivre toute frustration lorsqu’il rencontre votre limite ?

 
 
 

Le but n’est pas forcément que votre enfant accepte votre limite sans crise

Quand Claire m’a demandé comment faire pour que Nolan arrête son jeu vidéo sans crise, il y avait derrière sa question une idée que je retrouve souvent chez les parents : si mon intervention est juste, mon enfant devrait finir par accepter ma limite sans exploser.

Et quand ce n’est pas le cas, ils cherchent ce qu’ils ont raté.

Est-ce que je l’ai mal préparé ? Est-ce que je n’ai pas suffisamment reconnu son émotion ? Est-ce que cette limite est trop difficile pour lui ? Est-ce que je devrais lui laisser davantage de temps ?

Toutes ces questions peuvent être utiles. Le problème commence lorsque la réaction de l’enfant devient le principal indicateur qui permet au parent de savoir s’il a bien agi.

Parce qu’une limite adaptée peut provoquer de la frustration. Une décision juste peut déplaire à votre enfant. Et vous pouvez avoir pris en compte ses besoins sans réussir pour autant à lui faire trouver formidable l’idée d’éteindre sa console.

 

Une crise ne signifie pas forcément que votre limite était mauvaise

C’est une distinction importante, notamment avec les enfants HPI dont les réactions peuvent être particulièrement intenses. L’intensité de ce que vous observez peut facilement vous faire penser que votre enfant ne peut pas vivre cette situation.

Mais « il vit très mal cette limite » et « il n’est pas capable de vivre cette limite » ne veulent pas dire la même chose.

Dans le cas de Nolan, nous n’avons pas ignoré ce qui pouvait rendre l’arrêt du jeu plus difficile. Nous avons prévu les rappels du temps restant, pris en compte son besoin d’arriver à une sauvegarde ou de terminer son niveau et réfléchi à la façon dont la transition pouvait être organisée.

En revanche, une fois ces ajustements faits, il restait une réalité assez simple : à un moment, le jeu devait s’arrêter.

Et Nolan avait parfaitement le droit de ne pas aimer ça.

Ce que nous avons travaillé n’était donc pas la disparition de sa frustration, mais la manière dont il pouvait progressivement apprendre à la vivre et à l’exprimer.

C’est aussi pour cette raison que les crises qui continuaient au début n’étaient pas la preuve que le nouveau positionnement de Claire ne fonctionnait pas. Il fallait laisser du temps à chacun pour sortir d’une boucle qu’ils avaient répétée de nombreuses fois.

 

Votre enfant peut avoir besoin de faire l’expérience de la frustration

Je trouve qu’on oublie parfois cette partie lorsque l’on parle de régulation émotionnelle.

On cherche tellement à comprendre ce qui se cache derrière le comportement de l’enfant, à identifier ses besoins et à éviter de le mettre en difficulté qu’on peut finir par considérer toute expérience émotionnelle désagréable comme quelque chose que le parent devrait prévenir ou réparer.

Pourtant, la frustration fait partie de la vie.

Votre enfant n’a pas forcément besoin d’une nouvelle compétence avant de pouvoir vivre la situation. Il peut aussi avoir besoin de traverser cette expérience désagréable pour découvrir progressivement ce qui se passe en lui lorsqu’il est frustré, ce qu’il fait de cette frustration et quelles sont les conséquences lorsqu’il choisit de l’exprimer d’une manière qui n’est pas acceptable.

Cela ne veut évidemment pas dire qu’on laisse un enfant se débrouiller seul avec ce qu’il ressent sous prétexte que « ça lui apprendra ». Le rôle du parent reste d’observer, de comprendre et d’accompagner.

Mais accompagner n’est pas supprimer.

 

Comprendre ce qui se joue avant de décider ce qu’il faut travailler

C’est là que je regarde plus précisément les compétences psychosociales de l’enfant, non pas pour coller une explication toute faite sur sa crise, mais pour comprendre comment cet enfant-là fonctionne dans différentes situations.

Comment reconnaît-il ses émotions ? Comment les exprime-t-il habituellement ? Que se passe-t-il lorsqu’il rencontre de la frustration ailleurs que devant les jeux vidéo ? Est-ce que nous observons surtout une difficulté à exprimer ce qu’il ressent, de l’opposition, un refus de l’autorité ? Est-ce que plusieurs facteurs se mélangent ?

La réponse n’est pas toujours la même, et c’est précisément le problème des conseils généraux.

Deux enfants peuvent hurler exactement la même phrase au moment où leur mère éteint la console et ne pas du tout être en train de vivre la même chose. Si je pars directement de ce que je vois pour appliquer « la bonne technique », je risque de répondre à côté.

C’est pour cela que je préfère d’abord chercher à traduire le comportement, avant de décider comment intervenir. C’est notamment le rôle du [Traducteur Essentiel®] : passer de « il fait une crise dès que je lui pose une limite » à une compréhension beaucoup plus précise de ce qui est réellement en train de se jouer pour cet enfant, dans cette famille et dans cette situation.

Et parfois, après avoir regardé tout cela, la conclusion reste très simple : oui, votre enfant est frustré. Oui, il trouve votre décision injuste. Non, il n’est pas content.

Et votre limite peut quand même rester exactement là où elle était.

 

Différence entre une limite difficile à vivre et une limite que l’enfant HPI n’est pas capable de gérer

Votre enfant a des émotions, mais vous aussi

À force de parler de l’importance de reconnaître les émotions des enfants, on peut finir par oublier un détail assez important : le parent qui se trouve en face est lui aussi un être humain avec un système nerveux, des émotions et des limites.

Ça paraît évident dit comme ça. Dans la vraie vie, un peu moins.

Parce que la scène du jeu vidéo ne se déroule pas forcément un dimanche matin après neuf heures de sommeil, un café encore chaud et vingt minutes de méditation. Elle peut se passer à 19 h 15, après votre journée de travail, alors que vous pensez au repas, que quelqu’un vous demande où est son sweat et que vous venez de rappeler pour la quatrième fois qu’il faut arrêter la console.

Et à ce moment-là, vous pouvez être en colère.

Pas parce que vous êtes incapable de reconnaître l’émotion de votre enfant. Pas parce que vous êtes une mère insuffisamment bienveillante. Simplement parce que ce qui se passe dans cette relation produit aussi quelque chose chez vous.

 

Reconnaître l’émotion de son enfant ne demande pas de faire disparaître la sienne

C’est là que certains discours autour de l’accueil des émotions me gênent lorsqu’ils sont appliqués comme une recette.

Je suis globalement d’accord avec l’idée qu’un enfant submergé n’a pas besoin qu’on lui explique qu’il ne devrait pas ressentir ce qu’il ressent. Je suis également d’accord avec le fait que derrière certains comportements, il faut chercher ce qui se joue réellement plutôt que de s’arrêter à ce que l’on voit.

Mais une fois qu’on a dit ça, il reste une question assez importante : qu’est-ce que le parent fait concrètement à 19 h 15 quand lui aussi est à bout ?

Parce que si reconnaître l’émotion de l’enfant signifie que sa mère doit mettre systématiquement de côté sa fatigue, ravaler sa colère, trouver la phrase parfaite, parler doucement et rester entièrement disponible à ce que vit son enfant, nous avons simplement déplacé le problème.

Nous demandons maintenant au parent de se suradapter.

Et je ne crois pas qu’une relation familiale saine se construise avec un enfant dont toutes les émotions peuvent exister et un parent chargé de faire disparaître les siennes.

Votre colère peut être légitime. Elle ne vous autorise évidemment pas à faire n’importe quoi avec votre enfant, pas plus que la colère de votre enfant ne l’autorise à faire n’importe quoi avec vous. Mais vous n’avez pas besoin de prétendre qu’elle n’existe pas pour être un parent suffisamment sécurisant.

 

L’alignement du parent compte aussi dans la relation avec un enfant HPI

Chez les parents d’enfants HPI que j’accompagne, cette question de l’alignement prend une place particulière.

Ces enfants peuvent énormément questionner les décisions, chercher leur logique, repérer les incohérences et parfois pousser assez loin la discussion. Si vous-même ne savez plus très bien pourquoi vous avez dit non, vous risquez rapidement de vous retrouver à défendre votre décision comme si vous passiez un oral devant un jury particulièrement motivé.

Ce n’est pas l’objectif.

Votre légitimité de parent ne vient pas du fait que vous avez toujours raison. Elle ne vient pas non plus de votre capacité à gagner le débat.

Elle se construit notamment dans votre capacité à savoir ce que vous voulez, ce que vous acceptez, ce que vous n’acceptez pas et à rester suffisamment cohérente avec cela lorsque votre enfant n’est pas d’accord.

C’est aussi ce qui permet à l’enfant de rencontrer une autre personne dans la relation, et pas uniquement quelqu’un chargé de s’adapter en permanence à ce qu’il ressent.

Vous pouvez donc reconnaître : « Je vois que tu es vraiment en colère parce que je te demande d’arrêter », tout en étant vous-même agacée et en maintenant que le jeu s’arrête.

Ce n’est pas une contradiction.

C’est même beaucoup plus réaliste que de chercher à devenir cette fameuse maman parfaitement calme qui trouverait toujours la formulation impeccable au moment impeccable. Si elle existe, je serais assez curieuse de savoir ce qu’elle fait à 19 h 15.

L’enjeu n’est pas de ne plus ressentir. L’enjeu est de savoir ce que chacun peut faire de ce qu’il ressent sans que l’émotion de l’un oblige systématiquement l’autre à renoncer à sa place.

Et c’est à cet endroit que la question de départ prend un autre sens : il ne s’agit finalement pas de choisir entre reconnaître l’émotion de votre enfant et maintenir votre limite, mais de trouver une réponse qui tienne compte de votre enfant, de vous et de la réalité de la situation.

 

Alors, concrètement, comment savoir quoi faire face à l’émotion de son enfant HPI ?

Quand une situation dégénère, les parents cherchent souvent la bonne réponse : est-ce que je maintiens ? Est-ce que j’adapte ? Est-ce que je laisse passer cette fois ? Est-ce qu’il est réellement incapable de faire ce que je lui demande ou est-ce qu’il s’oppose ?

Le problème, c’est qu’il n’existe pas une réponse valable pour toutes les situations, et encore moins pour tous les enfants HPI.

Deux enfants peuvent hurler exactement le même « NON ! » et ne pas du tout être en train de vivre la même chose. Et le même enfant peut d’ailleurs réagir de la même manière pour des raisons différentes selon le moment.

C’est pour cela que je ne commence pas par chercher la bonne technique. Je commence par regarder la situation.

Reconnaître ce que ressent votre enfant ne suffit pas toujours à comprendre pourquoi il réagit ainsi. Un même comportement peut en effet être alimenté par des mécanismes très différents. → [Comprendre ce qui se joue derrière le comportement d’un enfant HPI]

 

Commencez par clarifier ce que vous voulez vraiment

La première question concerne le parent : qu’est-ce que je veux obtenir ?

Pas ce que mon enfant devrait comprendre. Pas ce que j’aimerais qu’il ressente. Pas même la façon dont j’aimerais qu’il réagisse.

Quel est mon objectif concret ?

Si je veux que la console soit éteinte à 20 heures, mon objectif n’est pas nécessairement que mon enfant soit également douché, en pyjama, calme, souriant et ravi de monter se coucher à 20 h 05.

Ça paraît un peu caricatural, mais dans le feu de l’action, nous ajoutons facilement des objectifs aux objectifs. Et plus la situation se tend, plus nous pouvons nous retrouver à vouloir que l’enfant fasse ce que nous demandons et qu’il le fasse de la bonne manière et qu’il comprenne pourquoi et qu’il reconnaisse que nous avons raison.

Définir l’objectif permet déjà de retirer pas mal de bruit.

 

Regardez ensuite ce qui se joue réellement pour votre enfant

Une fois l’objectif clarifié, je cherche à comprendre le comportement.

Est-ce de la frustration ? Une difficulté particulière avec les transitions ? Une opposition à l’autorité ? Une difficulté à identifier ou à exprimer ce qu’il ressent ? De la fatigue ? Plusieurs de ces éléments en même temps ?

C’est ici que l’observation des compétences psychosociales de l’enfant devient utile. Je ne regarde pas seulement ce qu’il fait dans cette scène précise. Je cherche à comprendre comment il reconnaît ses émotions, comment il les exprime et ce qui se passe lorsqu’il rencontre la frustration dans d’autres contextes.

C’est exactement pour cette raison qu’une phrase comme « derrière chaque comportement, il y a un besoin » peut être juste tout en restant insuffisante pour aider réellement un parent.

Très bien. Mais lequel, ici ? Et est-ce seulement un besoin ?

Parfois, ce que nous observons parle aussi d’un apprentissage, d’une habitude relationnelle, d’une opposition ou d’une façon d’exprimer sa frustration qui s’est installée avec le temps. C’est tout le travail de traduction du comportement : ne pas s’arrêter à ce que l’enfant fait, sans pour autant inventer systématiquement une explication qui excuserait tout.

 

Demandez-vous ce qui peut être ajusté sans renoncer à votre limite

Comprendre permet ensuite d’ajuster.

Dans le cas de Nolan, être prévenu du temps restant et pouvoir atteindre une sauvegarde étaient des ajustements pertinents. Ils répondaient à une difficulté réelle de transition sans remettre en question le fait que le jeu allait s’arrêter.

C’est une distinction que je trouve essentielle.

 

Adapter la manière d’arriver à la limite n’est pas forcément déplacer la limite.

Vous pouvez prévenir davantage, fractionner une demande, laisser un temps de transition ou modifier l’organisation de la soirée. Mais ces adaptations doivent aussi être compatibles avec votre réalité.

Parce qu’une solution qui fonctionne uniquement si vous êtes disponible, calme, patiente et entièrement centrée sur votre enfant pendant quarante-cinq minutes chaque soir n’est peut-être pas une très bonne solution pour votre famille.

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Puis choisissez ce que vous allez réellement maintenir

C’est seulement après tout cela que vient la question de l’intervention.

Qu’est-ce que je maintiens ? Qu’est-ce que j’adapte ? Qu’est-ce que je peux laisser passer aujourd’hui ? Quel comportement nécessite une intervention ? Quelle conséquence suis-je réellement capable d’appliquer si la limite n’est pas respectée ?

C’est précisément la logique de la Boussole Essentielle® : ne pas chercher une réponse parentale universelle, mais choisir une intervention à partir de ce que vous avez compris de votre enfant, de votre propre position et de la réalité de la situation.

Et il y a une dernière question que je trouve particulièrement utile : est-ce que je suis en train de modifier ma décision parce que j’ai compris quelque chose de nouveau, ou simplement parce que je veux que la crise s’arrête ?

Dans le premier cas, changer de décision peut être parfaitement juste. Vous avez observé quelque chose, vous réévaluez la situation et vous vous adaptez.

Dans le second, je regarderais d’un peu plus près ce qui est en train de se passer.

Parce que si l’émotion de l’enfant devient systématiquement ce qui détermine jusqu’où le parent peut aller, nous risquons de retrouver exactement la boucle dans laquelle Claire et Nolan s’étaient enfermés.

Le but n’est donc pas de tenir toutes vos décisions coûte que coûte. Il est de pouvoir distinguer une adaptation choisie d’une limite abandonnée uniquement pour faire cesser l’inconfort.

Et cette différence change énormément de choses.

 

Schéma en quatre étapes pour choisir comment réagir face à l’émotion et au comportement d’un enfant HPI

Reconnaître son émotion sans vous effacer de la relation

Reconnaître l’émotion de votre enfant ne vous oblige donc pas à choisir entre ce qu’il ressent et la limite que vous avez posée.

Votre enfant peut être très en colère parce que vous lui demandez d’arrêter son jeu, et vous pouvez maintenir votre décision. Vous pouvez aussi vous rendre compte que votre demande était mal ajustée et choisir de la modifier. Dans les deux cas, ce qui compte est que votre décision ne soit pas uniquement dictée par l’intensité de sa réaction.

C’est aussi pour cela que je me méfie des réponses toutes faites. Face à une crise, il ne suffit pas toujours de savoir qu’il faut reconnaître l’émotion, chercher le besoin ou maintenir le cadre. Encore faut-il comprendre ce qui se joue chez votre enfant, dans cette situation précise, et ce qui s’est parfois installé au fil du temps dans vos interactions.

Parce qu’entre une frustration qu’un enfant a besoin d’apprendre à traverser, une difficulté que l’on peut accompagner, une opposition, une limite mal ajustée ou une boucle qui s’est installée entre lui et vous, la réponse parentale ne sera pas forcément la même.

Et vous n’avez pas besoin non plus de devenir cette fameuse maman parfaitement calme, disponible et alignée à chaque minute de la journée. Votre enfant existe dans la relation, mais vous aussi.

Si vous avez beaucoup lu, essayé de comprendre et testé différentes façons de faire mais que vous vous retrouvez encore régulièrement à vous demander « qu’est-ce que je dois faire, moi, avec mon enfant, dans cette situation ? », ce n’est peut-être plus d’un conseil supplémentaire dont vous avez besoin.

C’est justement pour ces situations que j’ai créé le Décryptage Essentiel® : prendre une situation concrète qui se répète chez vous, regarder précisément ce qui se joue derrière les comportements de votre enfant et vos interactions, puis vous aider à retrouver une direction plus claire sur la manière d’intervenir.

FAQ : émotions, frustration et limites chez l’enfant HPI

Faut-il céder lorsqu’un enfant HPI est submergé par son émotion ?

Non, pas simplement parce que son émotion est très intense.

Votre enfant peut être réellement submergé par sa colère ou sa frustration sans que cela signifie que la limite que vous avez posée doit disparaître. Je préfère d’ailleurs parler de reconnaître son émotion : vous pouvez voir qu’il est en colère, lui montrer que vous avez compris ce qu’il ressent et, en même temps, maintenir votre décision.

En revanche, maintenir une limite ne veut pas dire s’y accrocher coûte que coûte. Si ce que vous observez vous permet de comprendre que votre demande était mal ajustée, que vous aviez empilé trop de transitions ou que cette limite ne correspond finalement pas à ce que vous voulez réellement, vous pouvez la modifier.

La question intéressante devient alors : est-ce que je change ma décision parce que j’ai compris quelque chose de la situation, ou parce que je veux absolument faire cesser la crise ?

Ce n’est pas du tout la même chose.

Comment poser une limite à un enfant HPI sans provoquer de crise ?

Je me méfierais déjà un peu de cet objectif, parce qu’il laisse entendre qu’une limite correctement posée devrait être acceptée sans crise.

Vous pouvez préparer la transition, prévenir votre enfant, lui expliquer suffisamment votre décision, tenir compte de certaines de ses difficultés et malgré tout provoquer chez lui beaucoup de frustration.

Le but n’est donc pas nécessairement de trouver la manière parfaite de poser une limite qui empêchera toute réaction. Il est plutôt de rendre votre demande suffisamment claire et adaptée, tout en acceptant que votre enfant puisse ne pas être content.

Si les crises se répètent systématiquement, deviennent très intenses ou apparaissent face à de nombreuses limites, je chercherais alors à comprendre ce qui les entretient plutôt que de multiplier les nouvelles formulations. C’est notamment là qu’il devient utile de regarder plus largement les [crises chez l’enfant HPI] et ce qui peut se jouer derrière elles.

Pourquoi mon enfant HPI réagit-il si fortement aux limites et à la frustration ?

Il n’existe pas une seule explication qui vaudrait pour tous les enfants HPI.

Chez un enfant, la frustration peut être particulièrement difficile à exprimer. Chez un autre, les transitions seront compliquées. Chez un troisième, on observera davantage d’opposition ou une difficulté dans son rapport à l’autorité. La fatigue, le stress accumulé, le contexte et ce que l’enfant a appris au fil des interactions familiales peuvent également entrer en jeu.

Et plusieurs de ces éléments peuvent évidemment se superposer, histoire de ne pas rendre les choses trop faciles.

C’est pour cela que je préfère regarder comment cet enfant fonctionne dans plusieurs situations plutôt que d’expliquer automatiquement son comportement par son haut potentiel. Le HPI nous donne des informations intéressantes sur son fonctionnement, mais il ne suffit pas à expliquer tout ce qui se passe dans une famille.

Comment savoir si mon enfant ne peut vraiment pas respecter une limite ou s’il s’y oppose ?

C’est probablement l’une des questions les plus difficiles, parce que l’intensité de la réaction ne suffit pas à répondre.

Un enfant qui hurle, pleure ou semble complètement submergé peut donner l’impression qu’il est incapable de vivre la situation. Pourtant, vivre très difficilement une frustration et ne pas être capable de la vivre sont deux choses différentes.

Pour faire cette distinction, je regarde notamment comment l’enfant identifie et exprime ses émotions, ce qui se passe lorsqu’il rencontre la frustration dans d’autres contextes, ses compétences psychosociales, son rapport à l’autorité et les interactions qui se sont progressivement installées autour de certaines situations.

C’est aussi pour cela que je donne rarement aux parents une réponse du type « s’il fait ceci, alors faites cela ». Un comportement visible ne suffit pas toujours à comprendre ce qui se joue dessous.

Parfois, il faut ajuster la demande. Parfois, il faut accompagner le développement d’une compétence. Parfois, il faut modifier une dynamique qui s’est installée entre le parent et l’enfant. Et parfois, votre enfant est simplement très mécontent de votre décision et il a besoin de vivre cette frustration sans que vous ayez à la faire disparaître pour lui.

C’est précisément cette distinction qui permet de sortir progressivement de la question « comment faire pour qu’il arrête ? » pour arriver à une question beaucoup plus utile : « qu’est-ce qui se joue chez nous et quelle est ma place de parent dans cette situation ? »

 

Pour aller plus loin

Poser une limite devient beaucoup plus difficile lorsqu’on ne comprend plus très bien ce qui se passe derrière la réaction de son enfant. Une crise, un refus ou une opposition ne racontent pas toujours la même chose, même lorsque les comportements se ressemblent.

Si votre enfant semble tenir toute la journée avant d’exploser une fois rentré à la maison, je vous conseille de commencer par cet article : Mon enfant HPI se tient à l’école et explose à la maison : pourquoi ?. J’y explique notamment ce qui peut se passer lorsqu’un enfant accumule les efforts d’adaptation et le stress pendant sa journée, puis décharge une fois revenu dans l’endroit où il se sent suffisamment en sécurité.

Vous pouvez également poursuivre avec mes ressources consacrées aux émotions chez l’enfant HPI et aux crises chez l’enfant HPI, si ce sont surtout l’intensité des réactions de votre enfant et sa manière d’exprimer ce qu’il ressent qui vous interrogent.

Enfin, si vous avez envie de prendre un peu de hauteur et de retrouver les contenus correspondant à ce que vous vivez actuellement avec votre enfant, vous pouvez consulter la page Ressources pour les parents d’enfants HPI, où j’ai regroupé les différents sujets pour vous permettre de vous orienter plus facilement.

 

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